Joli décolleté

Une nuit sensuelle

Une nuit sensuelle

Boulogne sur Mer, février 2016.
La vie est belle. Il y a des jours où l’on se sent bien. Aujourd’hui, c’est l’un de ces beaux jours. Qu’importent les nuages… Qu’importe la pluie… Qu’importe le vent… Qu’importe le froid…
Je rentre chez moi, tranquillement, le cœur léger. Je viens d’attendre son train avec elle, jusqu’à temps qu’elle soit hors de ma vue. Je l’aime. Elle ne le sait pas encore. Nous n’avons pas couché ensemble cette nuit. Juste dormi l’un contre l’autre, dans mon lit. Je ne pourrai jamais oublier cette nuit pour le restant de mes jours.
Elle, elle s’appelle Aurélie. Nous sommes camarades de promotion, à l’université, en Licence Professionnelle Guide-Conférencier. Nous avons eu un coup de foudre amical l’un pour l’autre, dès le début de l’année. Nous passons pas mal de temps ensemble: à travailler, à parler, à nous promener en ville, à rire, à nous confier l’un à l’autre etc.
J’ai vingt-cinq ans. Aurélie les aura dans quelques mois. J’ai un faible pour elle depuis le début de l’année. Mais, ça… Elle ne le sait pas. Elle n’est peut-être pas la plus belle femme du monde, ni la plus sexy, mais, c’est elle que j’aime, et pas une autre. Stéphanie a les cheveux bruns, qui lui arrivent au niveau des épaules. Elle a les yeux marrons/verts, et elle porte des lunettes. Son visage est riche en émotions: il est triste quand elle pleure, il est heureux quand elle sourit, il est hilare quand elle rigole. Et ses lèvres… Sa bouche… Cette calanque rose que je meurs d’envie
d’embrasser… Je n’ai jamais embrassé Aurélie, et pourtant… Dans mes rêves, l’un de mes fantasmes
est d’effleurer ces lèvres, de les toucher, de les mouler sur les miennes, de les picorer.
Dans mes rêves, j’ai une idée des différentes textures de nos baisers. Et sa langue… J’imagine une petite langue, capable de me faire frémir et de me procurer des frissons, capable même de me faire bander. Aurélie n’est pas très grande. Du moins, elle est un tout petit peu plus petite que moi. Elle est plutôt mince, même si elle n’arrête pas de dire qu’elle a quelques kilos en trop (pour ma part, je la trouve jolie comme elle est). Elle aime porter des robes pour aller en cours ou bien en ville. Il peut lui arriver de se vêtir d’un chemisier ou d’un débardeur, sous un pull chaud, et d’une jupe ou d’un jean. Quand elle sort, elle porte toujours son fameux manteau bleu, et, surtout, son béret gris qui lui confère, j’ai envie de dire, un petit charme.
Elle et moi, nous avons fait vraiment connaissance deux semaines après la rentrée. C’était autour d’un café gourmand, dans un café du centre-ville. C’était elle qui avait fait le premier pas. Elle avait envie que l’on fasse plus ample connaissance, pour reprendre les mots qu’elle avait prononcés la première fois où nous nous sommes adressés la parole. Nous l’avions donc fait : nous nous sommes parlé de nos vies respectives. Je lui avais parlé de ma famille, de mes hobbies et de mes centres d’intérêt. Je lui avais parlé de mes blessures intimes : cette atrophie testiculaire à l’âge de quinze ans qui m’avait pris l’un de mes deux testicules… cette embolie pulmonaire qui avait bien failli me coûter la vie quand j’avais vingt-et-un ans. Aurélie n’a alors pas hésité à se mettre à nu à son tour. Elle m’avoua qu’elle avait perdu sa mère quelques années plus tôt, qu’elle avait découvert depuis peu de temps qu’elle ne pourrait jamais avoir un enfant à cause d’un problème génital grave, qu’elle avait perdu toute confiance en les hommes depuis que son dernier petit ami en date l’avait trompée avec l’une de ses amies.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts entre nous. Nous nous sommes apprivoisés pas à pas. Nous avons appris à nous faire confiance l’un à l’autre. Il nous est arrivé de nous inviter dans nos chez-nous respectifs. Elle habite un petit studio alors que je loue une chambre au sein d’une colocation de jeunes. Aurélie m’a même plusieurs fois invité à dîner chez elle. Je lui ai renvoyé l’ascenseur.
Depuis plusieurs mois, je marche sur des œufs pour ne pas faire peur à Aurélie. J’aimerais lui avouer qu’elle me plaît et qu’elle ne me laisse pas indifférent. Même si une amitié est née entre nous, j’ignore ce qu’elle peut bien ressentir au fond de son cœur à l’heure actuelle. Elle ne le sait pas, mais il m’est arrivé plusieurs fois de rêver d’elle la nuit : de m’imaginer son corps dénudé, de la toucher et de la caresser, de l’embrasser, de danser avec elle, de la prendre dans mes bras, de la lécher, de la pénétrer, de la prendre tout court, de lui donner du plaisir, de la faire jouir.
Je veux prendre mon temps. A vrai dire, je m’efforce de lui créer tout un contexte, un climat de confiance dans lequel elle se sente bien et en sécurité. Je veux être son Pygmalion. Elle est la femme que j’ai envie de protéger et je me vois bien me réveiller à ses côtés chaque matin. Comme ce matin… Au moment propice, je chanterai ma sérénade à Aurélie: je lui déclarerai mon amour.
Ce matin, à 7 heures 30 précises, Aurélie est partie de la gare de Boulogne-Ville, à bord d’un TGV. Direction: Paris, où elle va passer quelques jours chez son oncle et sa tante. Étant donné que j’habite à quelques encablures de la gare, elle m’a demandé si je pouvais gentiment lui permettre de passer la nuit chez moi. Je n’ai même pas eu besoin de réfléchir.
La veille, nous avions fini les cours à 18 heures. Nous sommes allés chez elle afin qu’elle puisse terminer de préparer sa valise et la prendre pour aller ensuite chez moi. Après un dernier coup d’œil pour vérifier si elle n’avait rien oublié, elle a éteint toutes les lumières et nous avons quitté son studio. Nous sommes arrivés chez moi à peine trente minutes plus tard. Nous avons juste fait une halte au supermarché pour acheter de quoi dîner. Une fois rentrés, nous avons posé nos affaires dans ma chambre, puis monté à l’étage pour boire un verre pour nous désaltérer. Ce fut
l’occasion pour nous de papoter un peu avec mes colocataires. Elle me prévint qu’elle voulait prendre une douche et se refaire une beauté. Elle descendit donc au rez-de-chaussée où la salle de bains était, à proximité de ma chambre. Pendant ces temps, avec mes colocataires, nous parlâmes de foot et de filles, tout en écoutant la musique électro qui émanait de la chambre de l’un d’entre eux.
Certains firent des allusions à Aurélie et moi. Ah… Aurélie… Ils mettaient enfin un visage sur son nom. Je leur avais beaucoup parlé d’elle. Ils ne se moquaient pas de moi. Ils me taquinèrent juste un peu alors que je maintenais bec et ongle qu’il n’y avait rien d’intime entre nous. C’est d’ailleurs le cas ! Quoi qu’il en soit, Aurélie ne les laissait pas indifférents à eux aussi. Je voulais quand même que ce soit moi l’homme qu’elle voudrait choisir.
Aurélie revint quinze minutes plus tard. Ses cheveux n’étaient plus lâchés, mais attachés en une queue de cheval. Dans mes rêves, je défais l’élastique de sa queue de cheval et je glisse mes mains dans ses cheveux lâchés. Elle n’en était pas moins ravissante. Elle avait changé de débardeur, et troqué son pantalon contre une jupe.
Nous avons dîné tous les deux. Mes colocs nous ont laissés tous les deux, en intimité. Nous avons dégusté les pâtes que j’avais préparées, et le saumon qu’Aurélie avait fait cuire, autour d’un verre de thé glacé à la mangue. Nous avons savouré notre repas tout en discutant de notre formation, de peinture, de sculpture et d’architecture. Une fois notre modeste festin terminé, Aurélie m’a aidé à nettoyer et à essuyer le peu de vaisselle que nous avons utilisé.
Nous sommes revenus dans ma chambre. Aurélie m’a proposé de regarder un film avec elle, sur son ordinateur portable. Je lui ai dit OK. J’avais juste besoin de prendre une douche. J’ai posé une serviette, mon gel douche, un tee-shirt, un boxer et un short, propres, sur mon lit. Sur le même lit, une nuisette et une petite culotte, toutes deux en dentelle, étaient déjà posées. Je clignais des yeux en me demandant si j’avais bien vu ce que je venais de voir. Aurélie ne remarqua pas mon moment de trouble. Elle était occupée à consulter ses e-mails et à y répondre.
Je quittais ma chambre en silence pour me rendre, à mon tour, dans la salle de bains. Je n’arrivais pas à oublier, je ne pouvais pas oublier, je ne voulais pas oublier la lingerie en dentelle, posée sur la couette de mon lit. Aurélie, malgré elle, venait de me livrer une nouvelle facette d’elle : une facette plus érotique, plus sexy. Jusqu’alors, je ne connaissais que l’Aurélie des salles de cours, des amphithéâtres et des terrasses de cafés. Au plus profond de moi, je n’étais pas contre le fait de faire connaissance avec une Aurélie plus sensuelle, plus intime. C’est alors que je me rendis compte que je bandais. Mon pénis en érection dessinait une bosse difficile à dissimuler dans mon jean.
Heureusement que la salle de bains n’était qu’à quelques mètres de ma chambre et que personne ne
se trouvait, à ce moment précis, dans les parages !
Je m’enfermais à clé dans l’une des deux cabines de douche que comptait la salle de bains de la colocation. Je me déshabillai. Nu, j’actionnai le robinet et dirigeai le jet du pommeau de douche en direction de mon corps. Je laissai l’eau ruisseler sur celui-ci, et me détendis au contact de l’eau chaude. Je fermai les yeux, et me laissai aller. Je pensais à Aurélie et à sa lingerie. Je l’imaginais la porter rien que pour moi. Elle devait être une bombe atomique dedans ! Je me passai les mains sur ma peau, sur l’intégralité de mon corps. Il me fallut une poignée de secondes avant de réaliser que j’avais pris mon pénis dur en main et commencé des va-et-vient lents. J’avais toujours les yeux
fermés, et je me créai une banque d’images à partir de visions qui me venaient de l’Aurélie de mon fantasme.
Tout en continuant mes va-et-vient, je voyais à présent Aurélie: demi-nue… nue… Je m’imaginais qu’elle avait des petits seins: des petits seins tout mignons, aux pointes roses.
Je m’imaginais caresser doucement ces beautés et les prendre délicatement dans la paume de mes mains. Je m’imaginai les toucher, les lécher, les sucer, les téter et les exciter. Quant à son ventre, j’y déposai des baisers mouillés en partant de sa gorge jusqu’à son bas-ventre, en passant par son nombril. Lui… J’y posai ma langue en la faisant tournoyer un peu. Encore, encore plus bas, un sexe de femme se dessina dans mon esprit tout excité. Je voyais une légère toison de poils, bien entretenue, couvrir le mont de Vénus et les lèvres intimes de mon Aurélie. Je me voyais y glisser mes doigts. J’espère, un jour, lui donner du plaisir.
Toutes ces visions, tous ces flashs instantanés, dopèrent mon plaisir. J’étais à présent trop excité pour avoir envie de m’arrêter. Je ne le voulais pas de toute façon. Je me masturbe depuis que j’ai quinze ans. Je n’avais aucune idée du nombre d’orgasmes que j’avais pu obtenir. En revanche, je sais que chacun de ses orgasmes m’a comblé. Ça, c’est sûr. En parlant d’orgasmes… A force de fantasmer sur Aurélie, un orgasme me coupa le souffle et me foudroya. Je gémis tout en me foutant de savoir si quelqu’un m’avait entendu ou pas. Mon cœur battait fort et vite. J’avais du mal à reprendre mon souffle. J’avais du sperme sur ma main et sur le gland de mon sexe. Je me rinçais alors, puis me lavai en n’oubliant pas de décalotter et de nettoyer le bout de mon sexe. Une fois m’être intégralement rincé, je sortis de la douche. Je me séchais. Je me sentais planer. Je me sentais bien. Je me rhabillais. Je me lavais les dents, puis déposais un tout petit peu de parfum sur mon corps.
Le sourire aux lèvres, je quittai la salle de bains et regagnai ma chambre.
Aurélie s’était vêtue de sa fameuse nuisette. Fine, légère, je pense qu’il était possible de deviner l’existence d’une petite poitrine. En revanche, la partie basse de son corps était couverte par un bas de pyjama. Impossible de déterminer à cent pour cent si elle portait la culotte sexy que j’avais vue toute à l’heure. Peut-être…!
J’ignorais ce qu’Aurélie avait pu faire pendant que je prenais ma douche… Peut-être qu’elle avait continué de consulter sa boîte e-mail… Peut-être qu’elle avait fait une ou deux recherches sur Internet… Peut-être qu’elle s’était caressée dans la solitude intime de ma chambre, sur mon lit, avec la lumière tamisée de ma lampe de chevet… Je ne saurai jamais. Quoi qu’il en soit, Aurélie m’attendait, le sourire aux lèvres. Que cette femme a le don de me faire fondre! J’en lève les yeux au ciel rien que d’y penser.
Elle avait envie de regarder un film en particulier qu’elle aimait bien. Je voulais lui faire plaisir, alors je n’ai émis aucune objection. Après tout, Amélie était élue en ma demeure. J’allais l’introniser «déesse de mon lit». Elle mit le film en route, et on se tint assis côte à côte. Au bout d’une dizaine de minutes, elle se mit à bailler de plus en plus. Elle eut la gentillesse de me demander si ça ne me dérangeait pas que l’on arrête le film. Elle ne pouvait plus masquer sa fatigue. Elle arrêta le film, et éteignit son ordinateur portable. Elle enleva ses lunettes, et j’en fis de même.
Elle s’installa dans le lit, côté mur. Je pris la place restante: celle côté vide, côté sol. Elle alla une dernière fois aux toilettes. J’en profitai pour m’installer à sa place…afin de la réchauffer. Ma galanterie était sans limite. Aurélie revint, et je repris ma place initiale. Il était 23 heures. Nous nous  couchâmes, et j’éteignis la lumière.
J’avais chaud… Et pourtant, je me rappelais bien d’avoir réglé le radiateur de ma chambre de telle sorte qu’il ne fasse pas trop chaud. J’ouvris les yeux en catastrophe. J’étais tout en sueur. Puis, je pris conscience que je n’étais pas seul dans le lit. Une assez ravissante jeune femme y dormait également, profondément. Qu’elle était belle dans son sommeil… Aurélie avait de nouveau lâché ses cheveux bruns, et quelques mèches caressaient à la fois son coussin et son visage. Je pouvais l’entendre respirer. Elle me tournait le dos. Je levai les yeux au ciel en me disant que j’avais de la chance de l’avoir pour moi cette nuit, que j’étais en train de vivre quelque chose d’unique et de beau, que des hommes tueraient pour être à ma place. Soudain, je réalisai que ce n’était pas le radiateur qui rendait l’atmosphère torride. Aurélie en était responsable, si l’on pouvait dire! Je suis loin d’être habitué à être avec une femme. A vingt-cinq ans, je n’étais jamais tombé véritablement amoureux jusqu’alors. Je n’ai jamais fait l’amour à une fille. Je n’ai qu’une sexualité solitaire. Je vivais une sorte de renaissance de ma sexualité sur le tard, en quelque sorte. Je découvrais la sensualité, le plaisir d’être avec une femme, et quelque chose me disait que j’avais encore bien plus à apprendre…
Je décidai d’enlever mon tee-shirt et mon short. J’étais à présent torse nu. Seul le boxer couvrait encore mon corps. Mon pénis refaisait des siennes : j’étais de nouveau en érection. La faute à cette jeune créature de sexe féminin qui continuait de dormir paisiblement dans mon lit. Je repris ma place dans le lit. Je décidai volontairement et délibérément de coller mon torse au dos d’Aurélie.
La position était agréable. Elle me permettait de sentir son corps contre le mien. J’étais encore loin de débander, et ma verge était collée à ses fesses. Je ne le faisais pas d’exprès, mais en y réfléchissant, c’était excitant. Sur ce, je réussis à me rendormir rapidement. La présence chaude d’Aurélie contrastait avec mes nuits solitaires et glacées. Je passai une main autour de la taille de mon amie comme si je m’accrochais à tout prix à un radeau de survie. Ça me faisait du bien qu’elle soit là, chez moi, cette nuit, dans mon lit.
Le mode réveil de mon téléphone se mit en marche à 6 heures 30. La nuit a été belle. Torride mais agréable. J’eus du mal à me réveiller parce que je ne voulais pas quitter le lit. Et surtout, je n’avais pas du tout envie qu’elle se lève de mon temple intime. Son réveil sonna en même temps que le mien. Nous nous levâmes en même temps. J’eus un peu honte lorsqu’elle constata que je ne portais qu’un boxer. Elle ne dit rien, mais eut comme un sourire coquin : elle n’en pensait pas moins…
Elle me dit qu’elle avait besoin de faire un arrêt à la salle de bains avant de prendre son petit déjeuner. Je n’écoutais pas : mes yeux étaient rivés sur sa nuisette et son bas de pyjama. Ah… Si nous étions ensemble… Je m’approprierais toute cette dentelle… Certains de mes fantasmes secrets prendraient vie… Mais, nous n’en sommes pas là. Je montai alors à la cuisine commune.
Je vis Nicolas, l’un de mes colocataires, en train de jouer avec son chat. On se serra la main, et nous bavardâmes un peu. Sur un ton taquin, il me demanda comment avait été la nuit. Bien sûr, je savais ce qu’il insinuait, mais je ne lui répondis que par un sourire. Je fis chauffer deux mugs d’eau dans lesquels nous allions chacun faire infuser un sachet de thé. Pour Aurélie, c’était son éternel thé vert/menthe, et pour moi, il me fallut quelques instants pour me décider, et je jetai finalement mon dévolu sur un pêche/cassis.
A peu près vingt minutes plus tard, Aurélie entra dans la cuisine. Notre colocataire algérien, Karim, nous avait également rejoint entre temps. Qu’elle ne fut pas ma surprise quand je vis qu’elle portait l’un de mes tee-shirts… Elle me demanda si cela ne me dérangeait pas. Thibault, qui était toujours apparemment occupé avec son chat, me lança un coup d’œil. Vous savez? L’un de ces clins d’œil qui veut tout dire… Je ne pus que constater que ce tee-shirt, de couleur bleu marine, lui allait bien. Cependant, je restai interdit: d’habitude, n’était-ce pas ce que les filles faisaient lorsqu’elles sortaient avec un mec et qu’elles avaient assez d’intimité avec lui? Je rappelle que je suis son ami, juste son ami. Je reconnais qu’elle était belle dedans. Nous prîmes notre petit-déjeuner, et bien sûr, elle n’avait pas oublié ses biscuits aux pépites de chocolat. Elle m’en tendit un sachet avant d’en prendre un pour elle. Elle avait pour habitude de tremper ses biscuits dans son thé. Moi, je buvais mon thé d’un côté, et je mangeais les biscuits de l’autre. Quand nous avons terminé notre petit déjeuner, je remarquai qu’il y avait quelques particules de miettes de biscuit au niveau de la commissure de ses lèvres. Je décidai de les enlever avec mon doigt. J’eus ainsi l’occasion de la toucher juste un instant. Elle se laissa faire, baissa légèrement les yeux avant de les plonger dans les miens. Elle détourna très rapidement le regard, comme gênée ou prise au dépourvu. Ce petit regard avait beau avoir été éphémère, il semblait lourd de sens. Peut-être que nous étions en train d’en apprendre plus sur nous deux…
Étant donné qu’elle s’était déjà faite une toilette de «chat». C’était quelque chose qu’elle m’avait dit quand elle m’avait prévenu qu’elle allait faire sa toilette. Ça m’avait fait rire. Elle n’avait plus qu’à s’habiller. Moi, je me fis, à mon tour, une toilette de «chat»: je me passai un coup de gant sur le visage, je me lavai les dents et les oreilles. Enfin, je me déposai un peu de mon parfum sur le corps. Un peu de parfum sur le corps, et un beau sourire aux lèvres: j’étais beau et j’étais prêt à attaquer une nouvelle journée. Quand je revins dans la chambre, Aurélie était habillée et visiblement prête. Mon tee-shirt était plié sur mon bureau, et elle l’avait troqué contre une robe mauve. Elle portait une paire de collants. Je notais une odeur de parfum. Un parfum extrait d’une fleur exotique, probablement… Une senteur délicate et agréable. Je lui demandais gentiment si elle pouvait sortir cinq minutes de ma chambre, le temps de m’habiller. Elle sortit, et me laissa seul. J’optai pour une élégante chemise noire, et un pull de la même couleur. Je mis la main sur un caleçon propre et un jean slim gris.
Je fis l’effort de refaire mon lit. Je remis les draps et la couette comme il faut. Je replaçais correctement les coussins à leur place respective. Celui d’Aurélie attira mon attention, de par la senteur florale qui en émanait: Aurélie avait malicieusement ou non déposé un peu de son parfum sur mon coussin. De plus, la chaleur de son corps subsistait. Quant au tee-shirt qu’elle m’avait emprunté, c’était la même chose. J’en humai l’odeur. Et dire que ses petits seins en avaient touché le tissu… Je me suis alors promis de ne plus mettre le coussin et le tee-shirt à la machine à laver. Plus
jamais de la vie!
Je dus sortir de mes pensées érotiques parce que quelqu’un frappa à ma porte. Ce ne pouvait être que ma ravissante camarade de promotion. Elle entra, et me demanda pour combien de temps j’en avais encore. Je lui répondis que j’étais prêt, et que si elle l’était aussi, nous pouvions nous rendre à la gare. Elle enfila son manteau et ses bottines, puis vissa son béret gris sur sa jolie tête. Moi, je portais mon manteau bleu foncé et mes Converse All Star.
Il était 7 heures. J’ai proposé à Aurélie de porter sa valise. Galant comme je suis, je n’ai pu m’en empêcher. Elle accepta, et pris son sac à main. Après un dernier coup d’œil pour vérifier si elle n’avait rien laissé, j’éteignis ma lampe de chevet et fermai la porte de ma chambre à clé. Nous sommes alors partis en direction de la gare.
Nous avons marché côte à côte tout en nous parlant jusqu’à ce que nous soyons arrivés. Il était 7 heures 15. Il nous restait donc quinze minutes avant que le train d’ Aurélie n’arrive. Étant donné qu’elle avait déjà acheté un billet, elle ne perdit pas de temps. Un coup d’œil au tableau des horaires des trains, nous vîmes que le TGV de Aurélie pour Paris était annoncé voie 3. Nous nous y sommes rendus aussitôt. Nous parlâmes de tout et de rien une fois sur le quai de la voie 3. Pour tuer le temps, je suppose. A un moment, une mèche folle tomba devant les yeux de ma belle.
Ni une, ni deux: je l’ai replacée. Comme au petit-déjeuner toute à l’heure, nous nous sommes regardés, puis nous avons détourné nos regards presque instantanément, gênés. Nous n’avons pas eu le temps de nous dire autre chose: le train venait d’entrer en gare. Il arriva sur le quai de la voie 3. Aurélie me prit dans ses bras et me fit un câlin. Mon visage plongé dans son cou, je pouvais respirer son parfum. Foutu train… Foutue visite chez sa famille… Elle relâcha son étreinte. Je l’ai aidée à installer sa valise dans le wagon où elle allait s’asseoir quelques instants plus tard. La sonnerie indiquant le départ imminent du train retentit. Nous entendîmes également les consignes du chef de bord. Nous nous fîmes la bise, et je lui fis promettre de m’envoyer un SMS dès qu’elle serait arrivée à destination. Elle hocha la tête pour acquiescer. Cela valait tous les oui du monde. Après un dernier sourire, je quittai le wagon pour remettre les pieds sur le quai. Une deuxième sonnerie retentit alors: c’était le départ. D’ici quelques secondes, le train allait être déjà loin. Le TGV à destination de Paris quitta progressivement la voie, et je souris une dernière fois à Aurélie en lui soufflant un baiser. Elle répondit à mon baiser par un autre baiser. Le train disparut petit à petit de ma vue.
Il est 7 heures 40. Je suis en train de rentrer chez moi. La vie est belle. Aujourd’hui, c’est un beau jour, et je me sens bien. J’ai le cœur léger. Je pense à mon Aurélie… J’ai hâte d’être dans ma chambre, au chaud. J’ai hâte de me blottir contre le coussin, de sentir et de ressentir ce parfum de femme. Ce parfum… Ce corps… Cette femme… Cette lingerie en dentelle… Mon cœur bat la chamade, et j’ai une nouvelle érection. Et si je me masturbais en rentrant?
Écouteurs aux oreilles, Enjoy the Silence de Depeche Mode à plein volume, je marche en réalisant que je suis peut-être en train de vivre tout ce dont j’ai toujours rêvé, et que Aurélie est tout ce que j’ai toujours voulu.
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