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Les quelques jours qui me séparaient de la soirée de samedi passèrent relativement vite. Finalement, je pensai très peu à l’invitation de Mélanie, me plongeant, corps et âme, dans un projet me tenant à cœur de longue date : l’écriture d’un roman. Jusqu’alors, je n’avais écrit que de cours textes, pour mon propre compte, que je n’avais donné à lire à personne, pas même à mon mari, mais n’avais jamais cherché à passer du temps à la construction d’une véritable histoire. Les retrouvailles avec mon amie, avaient certainement déclenché quelques chose en moi, comme une impulsion irrésistible et, lorsque je partis me coucher le vendredi soir, j’avais noirci une centaine de pages ; ce n’était qu’un premier jet, bien sûr, mais j’étais plutôt satisfaite de moi.
La matinée du samedi fut beaucoup plus longue à mon goût ; toute envie d’écrire s’était évaporée, mon esprit devenu totalement préoccupé par la soirée qui m’attendait. Partagée entre excitation, curiosité et appréhension, une boule avait pris possession de mon estomac, grossissant au fur et à mesure que les heures s’égrenaient. A 14 heures, j’investissais ma salle-de-bain, pour n’en ressortir que deux heures plus tard, parfaitement épilée, même au niveau de mon intimité, coiffée et maquillée. La partie la plus difficile de ma préparation était venue : définir quels types de vêtements j’allais porter ; je sais que pour beaucoup, essentiellement la gente masculine, ce genre de considération prête à sourire, mais je suis certaine que les femmes me comprendront. De plus, mon choix était rendu encore plus difficile, par le fait que je n’avais aucune notion réelle de ce que pouvait être une soirée libertine. Dans mon esprit confus, l’unique chose qui me semblait claire, était que je ne comptais pas être participative, mais seulement spectatrice. Je voulais donc être la plus discrète possible, ce qui m’enclin à me tourner vers des tenues plutôt sobres, pas trop aguichantes. A cette idée, j’eus un petit sourire : avais-je seulement, dans ma garde-robe, quelque chose qui puisse être qualifié d’aguichant ? Je commençais par choisir les sous-vêtements : un soutien-gorge couleur rose baccara, avec les contours en dentelles blanches, un string assorti et des bas en soie noirs transparents, avec jarretières autocollantes, composèrent mes dessous. Durant un instant, j’admirai le reflet que me renvoyé le miroir de ma chambre ; bien que ne souffrant aucunement du complexe d’Œdipe, je me trouvai très séduisante. Vint l’instant crucial de choisir ce que j’allais mettre par-dessus tout ceci. Devais-je mettre un tailleur chic, jupe cintrée, chemisier et veste, ou bien partir sur une simple robe ?
Je pouvais aussi porter une jupe volante, du plus bel effet avec un haut assorti. Finalement, après avoir longuement parcouru ma garde-robe, je me décidais pour une longue robe noire. Légèrement échancrée sur le devant et dans le dos, elle descendait jusqu’à mes chevilles, mais été fendue sur le côté droit, dévoilant ma jambe jusqu’au-dessus du genou. Se resserrant au niveau de la taille, elle épousait à merveille les contours de mon corps, mettant en valeur le galbe de mon fessier ainsi que ma poitrine ; mais n’était-ce pas trop suggestif pour une soirée libertine ? J’étais sur le point de changer d’avis, de partir en quête d’un autre vêtement, quand je me rendis compte qu’il était déjà très tard : 18 heures 45 ; plus le temps de tester une autre tenue. Je chaussai, à la hâte, une paire d’escarpins à talons aiguilles, pris un petit sac à main en cuir noir et descendit les deux étages aussi vite que ma robe pouvait me le permettre. La limousine était bien là, comme me l’avait dit Mélanie. Pourtant, par moment, j’avais douté que tout cela se réalise vraiment : je n’avais plus eu aucune nouvelle de mon amie, depuis nos retrouvailles, et je m’étais rendue compte, un peu tard, que je n’avais aucune possibilité de la joindre ; elle ne m’avait laissé ni adresse, ni numéro de téléphone. Mais, après réflexion, tout ceci n’avait rien de surprenant. Si je n’avais aucune idée de qui pouvait être Titia, je connaissais assez bien Mélanie pour savoir que cette mise en scène, peu probable, lui correspondait parfaitement. Le chauffeur vint m’ouvrir la portière et je m’installai au fond de la banquette en cuir.
- Le trajet sera-t-il long ? demandai-je
- Pas plus d’une demi-heure, madame. Si vous le souhaitez, vous avez un minibar à votre disposition.
- Magnifique ! C’est ce que l’on appelle du grand luxe !
Le chauffeur m’adressa un sourire, ferma la portière et reprit sa place au volant ; la limousine quitta son stationnement, partant en direction du sud, nous éloignant très vite de Lyon. Malgré l’heure, il faisait encore très chaud à l’extérieur et je fus ravie de pouvoir profiter de la climatisation de la voiture. Par curiosité, j’ouvris le minibar, découvrant plusieurs bouteilles d’alcool ; un instant, je fus tentée de me servir un verre, mais me ravisai très vite, me disant qu’il ne serait pas bien sage de boire maintenant, ni même plus tard : je me devais de laisser lucide, mon esprit déjà bien confus. Après un peu plus d’une vingtaine de kilomètres, la limousine marqua un court temps d’arrêt, le temps que s’ouvre un grand portail électronique ; je compris que nous étions arrivés à destination. La voiture s’engagea dans une longue allée bordée d’arbres et arriva très vite devant une superbe villa, une de ces maisons dont il n’y a pas deux pareilles. Je fus surprise de voir que nous nous arrêtions pas devant l’entrée, mais poursuivions notre route, contournant la villa, pour nous arrêter devant une petite entrée secondaire : l’entrée du personnel ? Le chauffeur vint m’ouvrir la portière et, très professionnel m’accompagna jusqu’à un petit vestibule à l’intérieur de la villa.
- La soirée est masquée, m’expliqua-t-il.
Madame m’a demandé de vous faire patienter ici le temps qu’elle vienne avec l’accessoire vous manquant. Je vais la faire prévenir ; elle ne tardera pas à vous rejoindre. J’acquiesçai d’un large sourire et me mis à parcourir la pièce du regard. Elle était plutôt froide, impersonnelle, avec, pour tout ameublement, trois fauteuils dont le tissu affichait un grand âge. Etrangement, ce vestibule de reflétait en rien le caractère chaleureux de Mélanie ; mais sans doute était-ce voulu.
- Tu es donc venue ! La voix de Mélanie, que je n’avais pas entendu entrer, me fit sursauter et mes yeux s’écarquillèrent d’émerveillement devant l’apparition qui se tenait devant moi.
- Tu en doutais ? demandai-je.
- Pour te dire la vérité, oui, un peu. Mais je suis vraiment très heureuse que tu sois là !
- Pour regarder ! précisai-je. Mélanie éclata de rire et s’approcha de moi. Elle avait attaché ses cheveux au-dessus de sa tête et n’était que très légèrement vêtue. Un body noir à dentelles rouges, des bas noir et une paire de bottillons, assortis au bas, à hauts talons ; je remarquais aussi les deux masques qu’elle tenait dans une main. Sans crier gare, Mélanie s’empara de mes lèvres et fouilla ma bouche d’une langue très vivace ; le baiser chassa, définitivement, la boule que j’avais au ventre, faisant naître un début de désir en moi.
- Te sens-tu prête pour une petite visite guidée ?
- Prête, est sans doute un grand mot, répondis-je haletante, mais je suis venue pour cela.
- Parfait ! Mélanie cacha son visage derrière un masque noir et me tendit le deuxième, dont la couleur, par le fruit du hasard, était assortie à mes sous-vêtements.
- Ce loup te garantira ton anonymat, m’expliqua-t-elle. Surtout, n’oublie pas que, ce soir, pour tout le monde, je m’appelle Titia. Quant à toi… Toi, tu deviens Fanie !
- Qui est Fanie ?
- Je ne sais pas encore, répondit Titia d’un air mystérieux. Elle sera ce que tu décideras qu’elle soit. Peut-être Fanie ne prend-elle naissance, que pour mourir aussitôt ? Toi seule à son destin entre tes mains ! Y allons-nous ?
- Oui, dis-je en mettant mon masque.